La situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo a occupé une place centrale dans l’intervention de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, ce 23 Septembre 2026, à la tribune du débat général de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York.
Portant la voix de la RDC au nom du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, la cheffe du Gouvernement a exposé les préoccupations de Kinshasa face à la persistance des violences, tout en réaffirmant l’importance de la voie diplomatique, de la souveraineté et de la mise en œuvre effective des engagements internationaux en faveur de la paix.
Depuis plusieurs décennies, les populations de l’Est de la RDC sont confrontées à des violences ayant entraîné d’importants déplacements, des pertes en vies humaines et de graves conséquences humanitaires. Dans son intervention, Judith Suminwa a rappelé la nécessité d’une réponse internationale permettant de faire face durablement à cette situation.
La question des FDLR au cœur du débat sécuritaire
La Première ministre a notamment abordé la question des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), régulièrement évoquée dans le contexte de la crise sécuritaire régionale.
Elle a fait état des avancées enregistrées dans le processus de désarmement et de démobilisation du mouvement, à la suite du protocole signé le 30 mai 2026 par sa direction politique et militaire. Ce dispositif prévoit notamment le cantonnement des combattants concernés, en vue de leur rapatriement ou de leur relocalisation, sans préjudice d’éventuelles poursuites judiciaires contre les auteurs de crimes graves.
Judith Suminwa a également cité le rapatriement, le 8 septembre dernier, de 120 personnes associées aux FDLR avec l’appui de la MONUSCO, présenté comme une traduction concrète de ce processus.
Pour Kinshasa, ces avancées doivent être prises en compte dans l’appréciation de la situation sécuritaire régionale. La Première ministre a ainsi estimé que la question des FDLR ne pouvait plus servir de justification au maintien d’une présence militaire étrangère sur le territoire congolais.
Des mécanismes de paix à coordonner
Dans son intervention, la cheffe du Gouvernement a également insisté sur la nécessité d’une meilleure coordination entre les différents cadres diplomatiques engagés dans la recherche d’une solution à la crise.
Les processus de Washington et de Doha, ainsi que les initiatives de l’Union africaine, ont été présentés comme des cadres complémentaires devant permettre d’aboutir à des avancées concrètes.
La RDC souhaite notamment que leur mise en œuvre repose sur un calendrier précis, des mécanismes indépendants de vérification, un partage régulier de l’information et des conséquences effectives en cas de violation des engagements.
Cette position s’inscrit dans le cadre des décisions déjà adoptées par le Conseil de sécurité des Nations Unies, notamment la résolution 2773, adoptée le 21 février 2025. Celle-ci appelle notamment à la cessation des hostilités, au retrait des forces rwandaises du territoire congolais, à la fin du soutien aux groupes armés et au désengagement de l’AFC/M23, ainsi qu’au rétablissement de l’autorité de l’État dans les zones concernées.
Dans un message publié après son intervention, Judith Suminwa a résumé la position portée par la RDC en ces termes : la priorité est désormais de passer des engagements aux actes concrets.
La MONUSCO appelée à poursuivre son rôle auprès des populations
Judith Suminwa a par ailleurs souligné le rôle de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) dans la protection des civils, le suivi du cessez-le-feu et l’appui aux mécanismes convenus.
Alors que l’avenir de la présence de la Mission fait l’objet de discussions, Kinshasa estime que toute évolution devra tenir compte des conditions de sécurité sur le terrain, du renforcement progressif des capacités nationales et de la nécessité de garantir qu’aucun vide sécuritaire ne soit créé au détriment des populations civiles.
Souveraineté et partenariat économique
Au-delà de la question sécuritaire, la Première ministre a également défendu la place de la RDC dans l’économie mondiale.
Elle a exprimé l’ambition de voir le pays évoluer comme un partenaire souverain de l’économie mondiale, et non comme un simple fournisseur de ressources. Ce message s’inscrit dans la volonté affichée par Kinshasa de valoriser davantage les ressources du pays et de renforcer sa position dans les échanges internationaux.
Judith Suminwa a également plaidé pour une meilleure représentation de l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations Unies, dans le cadre des discussions sur la réforme de l’architecture multilatérale.
Kinshasa réaffirme ses propres engagements
Au-delà des appels adressés à la communauté internationale, la Première ministre a également présenté les engagements de la RDC dans le processus de stabilisation du pays.
Le Gouvernement entend poursuivre les réformes dans les secteurs de la défense et de la sécurité, renforcer l’autorité de l’État et contribuer à la reconstruction des territoires affectés par les conflits.
À la tribune des Nations Unies, Judith Suminwa a ainsi réaffirmé l’attachement de la RDC à la voie diplomatique, au respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, ainsi qu’à la mise en œuvre effective des décisions et engagements internationaux.
Pour Kinshasa, l’enjeu demeure désormais la traduction concrète de ces engagements sur le terrain, afin de renforcer la protection des populations et de favoriser le retour durable de la paix et de la stabilité dans l’Est de la République démocratique du Congo.

